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Éric DEVIENNE, Artiste Auteur

Le corbeau à la patte bleue

Membre de la société des Auteurs du Poitou-Charentes

Ici, la librairie

Extrait

— Allô, Patricia ?

— Oui, elle-même.

— Bonjour, c’est Jean-Jacques. J’ai longtemps hésité avant de vous appeler.

— Ah, pourquoi cela ?

— Samedi dernier à la soirée communale, j’ai eu le plaisir de danser avec vous et ce fut un moment très agréable. En plus, vous avez d’excellents talents de danseuse.

— Je vous retourne le compliment Jean-Jacques.

— Je viens de trouver dans la poche de ma veste un petit papier, avec vos coordonnées téléphoniques inscrites dessus.

— Oui, je suis désolée ! J’ai peut-être été un peu trop directe en agissant de la sorte, mais j’avais envie de vous revoir et je tiens à vous dire que c’est en toute amitié !

—J’entends bien Patricia ! Moi aussi c'est réciproque, pourrions-nous fixer un rendez-vous ?

—Demain soir je serai disponible, mon mari va à l’entraînement de foot et il ne rentrera pas avant minuit, même certainement plus tard. Ils font toujours une troisième mi-temps assez longue.

—Où désirez-vous que l’on se retrouve ?

—Chez vous Jean-Jacques, j’espère que vous n’y voyez pas d’inconvénient.

— Pas du tout Patricia ! Entendu, disons pour 20 heures, est-ce que cela vous convient ?

— Oui ! Cela me va, à demain Jean-Jacques.


Après son appel téléphonique avec Patricia, Jean-Jacques était impatient d’arriver au lendemain soir. Lui aussi n’avait pas eu tellement de chance. Divorcé, sans enfant, la vie lui semblait bien monotone.

Il vivait seul, pensant prendre un nouveau départ un jour ou l’autre. Il est vrai qu’à quarante-deux ans il pouvait encore fonder un foyer.
Cela faisait quelque temps qu’il avait remarqué cette jolie femme, et ils avaient déjà échangé des regards. Il fallait dire que lui non plus n’était pas vilain garçon.

Patricia quant à elle, était mariée à Bruno, de trois ans son aîné.
Bruno était menuisier, il travaillait dans une petite entreprise de la commune. C’était un brave homme, mais il favorisait un peu trop ses amis par rapport à sa vie de famille. C’était un fervent amateur de football, il jouait comme vétéran dans le club local. Ses dimanches, il était plus souvent sur le terrain que chez lui avec sa femme. Patricia passait ses week-ends à regarder la télé.

Tous les ans, la commune de Cellettes dans le Loir-et-Cher organisait un grand bal, afin de réunir les habitants et de passer un bon moment.


C’était samedi dernier qu’avait eu lieu ce bal. Patricia avait été heureuse de s’y rendre avec son mari, c’était pour elle l’occasion de s’amuser un peu. Mais malheureusement, dès qu’ils étaient arrivés, Bruno s’était dirigé directement à la buvette où l’attendaient ses copains et il avait abandonné Patricia sur la piste de danse. Ce qui arrangea Jean-Jacques.

Il l’avait repérée lors du précédent bal. C’est vrai qu’elle était sublime, une petite quarantaine, brune aux yeux bleus. Elle était assise sur un banc, elle avait l’air de s’ennuyer. Quand on a une aussi jolie femme, comment peut-on la laisser seule dans un coin ? avait pensé Jean-Jacques. Il en avait profité pour l’inviter, elle avait accepté. C’était le début d’une série de slows, il avait entamé une conversation. Il sentait bien qu’elle le collait pendant cette danse. À la fin de celle-ci, elle avait glissé dans l’une de ses poches son numéro de téléphone portable.

Ils avaient essayé d’être le plus discrets possible, mais ce n’était pas facile, surtout avec Jojo qui faisait le fou à côté d’eux.

Joël Fontaine, dit Jojo, c’était l’innocent du village, considéré comme débile léger, pas méchant pour deux sous mais qui adorait se faire remarquer, surtout en public. Jojo était passé à côté d’eux, il avait crié :

— Ah ! C’est le Jean-Jacques qui danse avec Patou !

—Veux-tu fermer ta grande gueule ! lui avait lancé Jean-Jacques. Fous-moi le camp plus loin !

Jojo s’était exécuté sans rien dire, tout en rigolant. Tout le monde le connaissait, certains même en profitaient.


Il était arrivé dans le village bizarrement. Avant, il vivait du côté de Bordeaux avec son frère. Celui-ci possédait une maison dans la commune et venait de temps en temps passer quelques jours avec Jojo dont il était le tuteur. Puis, il y avait deux ans maintenant, alors qu’il jouait à la pétanque sur la place, il avait fait un malaise cardiaque et malheureusement les pompiers n’avaient pu le réanimer, il décéda rapidement.

Jojo s’était retrouvé seul ici dans cette demeure, ne sachant pas où aller car il n’avait pas d’autre famille. Comme il arrivait quand même à se débrouiller, le maire avait fait en sorte qu’il puisse rester dans la maison de son frère au lieu d’être placé dans un établissement spécialisé. Et cela se passait très bien, il donnait des petits coups de main à droite, à gauche, il était très apprécié malgré ses grains de folie.
Pauvre Jojo, il vivait dans son monde, jamais à l’abri d’un délire.

Tous les ans, la commune organisait un concert classique au jardin public. Cette année, il n’avait pas trouvé mieux que de se mettre à côté du chef d’orchestre et de battre lui aussi la mesure. Beaucoup de personnes avait bien rigolé, sauf le chef d'orchestre qui le regardait d’un air mauvais.

À la fin du morceau, les gens avaient applaudi les musiciens, sauf le maire qui en avait profité pour déloger le Jojo à grands coups de pied au cul.

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