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Éric DEVIENNE, Artiste Auteur

L'habitant de la ferme des trois étangs

Membre de la société des Auteurs du Poitou-Charentes

Ici, la librairie

Extrait

Louis Vigaud n’était pas un homme à se décourager facilement, mais vu l’ampleur des travaux à effectuer, cela avait tendance à le démoraliser.

Il venait de faire l’acquisition d’un corps de ferme au beau milieu de la Brenne, département de l’Indre, plus exactement sur la commune de Rosnay. Il connaissait bien le territoire, c’était le village de son enfance. Il y avait été scolarisé et y avait résidé avec ses parents jusqu'à l’âge de vingt ans.
La région lui plaisait énormément. Pour cette raison, quand l’heure de la retraite avait sonné, il n’avait pas manqué l’occasion d’acheter cette modeste propriété, qui était en vente depuis quelques années et qui n’avait jamais été restaurée. Ce qui lui avait fait porter son choix sur ce domaine était les trois petites étendues d'eau situées en son sein, d’où son nom : la ferme des Trois-Étangs.
Tout était à rénover, l’intérieur comme l’extérieur, surtout la charpente. Il avait demandé des devis aux artisans de la région et en avait retenu un. Le maître d’œuvre devait entamer la restauration dans deux semaines.
Au début, après l’acquisition de sa propriété, Louis venait juste la journée pour y travailler. Le soir, il rentrait chez lui dans le département voisin de la Vienne, car c’était complètement inhabitable. Le mois suivant, la rénovation allait bon train : les charpentiers avaient commencé la réfection du toit et les maçons l’aménagement des murs. Il avait réussi à agencer une pièce de vie, propre et confortable. Avant, Louis possédait une petite entreprise artisanale spécialisée dans la plomberie et l’électricité. Il venait de la vendre à l’un de ses ouvriers. Donc certains travaux dans la maison ne lui posaient aucun problème.

Une voiture stoppa chez lui. Louis en fut étonné car il n’attendait personne. Un homme se présenta devant sa porte. Louis s’avança vers lui.
— Bonjour monsieur, vous êtes Louis Vigaud ?
— Bonjour, oui c’est bien moi.
— Tu ne me reconnais pas ? demanda l’individu avec un large sourire.
Louis le scruta avec insistance.
— Votre visage ne m’est pas inconnu mais je suis désolé, je ne me rappelle pas qui vous êtes.
— Henry ! répondit l’homme. Henry Paquet !
Louis réagit d’un air interrogatif.
— Henry ! Mais bien sûr, maintenant cela me revient. Ah ça alors, quelle surprise ! En te regardant de plus près, c’est vrai que tu n’as pas tellement changé. Comme moi, juste un peu vieilli.
— Tu as raison Louis, juste un peu vieilli. Enfin, un peu plus d’une quarantaine d’années !
À la suite de cette remarque, Louis sourit.
— Ça me fait plaisir de te revoir Henry, je ne pensais pas que tu étais resté dans la région. Comment as-tu su que j’étais de retour dans la commune ?
— C’est mon oncle. Il est le maire, il m’en a parlé hier matin. Il m’a dit : « Tu n’es pas allé à l’école avec un dénommé Louis Vigaud ?
— Oui, lui ai-je répondu.
— Eh bien il est revenu dans le coin, il a acheté la ferme des Trois-Étangs et il est en train de la restaurer. »
— Tu penses bien que cela a attisé ma curiosité et que je n’avais qu’une envie, c’était de venir te rendre visite.
— Tu as bien fait. Je suis heureux de te revoir, après toutes ces années. Mais que fais-tu maintenant ? Étant donné que tu es plus jeune que moi, tu ne dois pas encore être à la retraite !
— J’ai cinquante-six ans, alors non, je n’y suis pas. Je travaille chez un paysagiste du coin, cela fait vingt-cinq ans que je suis dans la même société. Ma femme y est aussi, comme secrétaire.
— Ah, tu es marié ?
— Oui, cela fait trente ans. À l’époque je n'étais pas encore dans l’entreprise où je suis actuellement et je faisais beaucoup d’allées et venues. C’est lors d’un de ces déplacements à Lyon que j’ai rencontré Catherine. Mais il va falloir que je te la présente, que dirais-tu de déjeuner à la maison demain midi ?
— Ah bien sûr, ce serait avec plaisir. Est-ce qu’il y a d’autres personnes que je connaissais qui sont restées dans le coin ?
— Oui, tu te rappelles de Sandra ?
— Si je me souviens de Sandra ! Jolie comme elle était, c’eût été difficile de l’oublier.
— Elle est toujours ici. Elle n’a pas eu de chance, elle était mariée à un agriculteur, qui malheureusement s’est tué dans un accident de voiture. Elle est restée seule avec ses deux ouvriers pour s’occuper de la ferme, elle ne désirait pas les licencier et voulait continuer l’exploitation. C’est un grand domaine, avec beaucoup de terres et pas mal de vaches. Elle n’a pas d’enfant.
— Elle est vraiment courageuse.
— Oui, très travailleuse et aussi humaine.
— J’aimerais bien la revoir, après toutes ces années.
— Tu en auras certainement l’occasion, car elle a appris comme tout le monde que tu étais revenu dans la commune.

Le lendemain, Louis se rendit chez Henry Paquet, répondant ainsi à son invitation.
Henry lui présenta Catherine son épouse et lui fit visiter sa maison. Pendant tout le repas, Louis remarqua que Catherine était ailleurs, dans ses pensées. Elle faisait semblant de s’intéresser à la conversation, mais quelque chose ne tournait pas rond chez elle, cela se voyait. Louis ne l’ignora pas et essaya de dialoguer avec elle. Elle lui répondait très gentiment, mais elle retournait aussitôt dans ses pensées.
Henry aborda le sujet de Sandra. Il raconta dans les détails l’accident de son mari. Catherine réagit assez farouchement sur ce point.
— Ah ce que je vois, comme toujours, la vie de cette femme et de bien d’autres aussi, t’intéresse toujours autant.
Un certain mal-être s’installa et Henry changea rapidement de conversation.

Après le repas, les deux amis sortirent de la maison pour visiter les extérieurs. Henry en profita pour parler de la réaction de son épouse au sujet de Sandra.
— Tu as sans doute remarqué la violence de Catherine quand j’ai abordé la vie de Sandra ?
— Oui, j’ai senti un malaise.
— Catherine est extrêmement jalouse. Elle croit que je m’intéresse à Sandra. Elle m’avait même soupçonné il y a quelques années d’avoir une relation avec elle, mais il n’en était rien. Sandra est une copine de jeunesse, un point c’est tout. Je ne peux pas regarder une femme comme tout homme le fait, surtout quand elles sont jolies, sans que Catherine m'accuse de les draguer. C’est maladif chez elle et c’est gênant pour moi. Elle me fait des scènes à chaque fois.
Le soir vint rapidement. Louis rentra chez lui, heureux d’avoir revu son ancien copain d’école.

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