Maxence et l'empire des aigrefins
Membre de la société des Auteurs du Poitou-Charentes
Extrait
Récemment nommé responsable au sein d’un cabinet d’expertise comptable, il officiait brillamment. Maxence avait 30 ans, né en 1946, le 6 janvier plus précisément. Marié et père de Katia, une petite fille de 2 ans, il était heureux.
Pourtant il avait eu une enfance difficile, son père étant parti quand il avait six ans avec une jeune femme, qui soi-disant le quittait trois mois plus tard. Il avait essayé de revenir à la maison mais sa mère n’avait jamais accepté son départ, elle lui avait dit : « Tu es parti, et bien retourne d’où tu viens. Tu nous as abandonnés, nous ne te connaissons plus ».
Maxence adorait son père. Cette rupture fut traumatisante pour lui car sa mère avait interdit à son mari de réintégrer leur foyer. À la suite de cette altercation, son père se dirigea vers la porte et s’en alla. Ce fut la dernière image qui lui resta de cet homme au regard sévère et aux yeux tristes.
Maxence se souvenait fort bien de lui. Encore une fois, il sentit monter en lui une forte envie de le retrouver. Mais où chercher ? Là était la question ! Était-il encore vivant ? Était-il mort ? Il ne le savait pas. En tout cas, il n’en avait jamais entendu parler.
Quand il demandait à sa mère :
— Sais-tu ce qu’est devenu Papa ?
Elle répondait :
— Oui, il n’existe plus !
Maxence avait du mal à comprendre cette réponse, il voulait savoir ce qui s’était passé réellement. Il n’imaginait pas son père l’abandonner comme ça sans raison valable, ce fameux jour du 21 juin 1954. Il n’arrêtait pas de penser à lui.
Dans deux semaines il serait en congé, il profiterait de cette période pour essayer de le retrouver. Déjà, savoir ce qu’il était devenu vingt-six ans plus tard.
Je vais en parler avec Odile, se dit-il.
Odile, c’était cette fille qu’il avait rencontrée un soir chez des amis. Une femme douce, souriante, sensible, et aussi très belle. Il en était tombé follement amoureux et l’avait épousée un an plus tard, un jour de printemps.
Il aimerait bien qu’Odile accepte de l’aider pour enfin découvrir ce qu’était devenu son père.
Aujourd’hui, c’était dimanche. Maxence était installé devant la télé, Odile lisait un roman et Katia sa petite fille habillait ses poupées.
— Chérie, j’ai une petite idée pour nos vacances. Comme nous n’avons rien de prévu, j’aimerais bien continuer les recherches sur mon père.
Odile leva la tête, réfléchit et répondit :
— Oui je veux bien, mais si ta mère l’apprend, elle va encore s’énerver. Tu sais bien ce qu’elle en pense de tes recherches !
— Oui, je le sais ! dit Maxence, mais n’empêche que c’est pour cela que je veux poursuivre. Je ne trouve pas cela normal qu’elle veuille à tout prix m’empêcher de retrouver Papa, cela me tracasse. J’ai décidé de savoir et je le saurai. Demain, j’enverrai un courrier à la mairie de La Rochelle pour être sûr qu’il ne soit pas décédé, car c’est là-bas qu’il est né et s’il est mort, cela figurera sur son extrait de naissance.
Maxence se rappela qu’à l’époque, son père avait un bon copain du côté de Saumur. L’été, pendant les vacances scolaires, ils lui rendaient visite quelques jours pour pêcher en Loire. Son père adorait la pêche.
— Nous irons à Saumur, j’essaierai de retrouver le copain de Papa. Nous en profiterons pour visiter la région, en plus il y a un magnifique château. Toi ma chérie, qui adore les monuments historiques, je pense que cela devrait te plaire.
— Tout à fait, répondit Odile.
Maxence vivait à Blois, à l’entrée de la ville, dans une maison qu’il venait de faire construire. Sa mère habitait dans le centre-ville, ce qui permettrait de lui rendre visite assez souvent.