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Éric DEVIENNE, Artiste Auteur

Marion, pardonne moi mes erreurs

Membre de la société des Auteurs du Poitou-Charentes

Ce roman est une œuvre de pure fiction. Aucun des événements décrits n'a de lien avec des faits réels, passés ou présents.
Endurer une telle souffrance morale est profondément inacceptable. Pour les enfants sous la tutelle de l'assistance publique, il est fréquent de nourrir des doutes sur ses propres origines. Bien que je n'aie jamais vécu cette situation, cette réflexion ne reste qu'une hypothèse.
Toutefois, il est ardu, même pour quelqu'un doté d'un brin d'empathie et qui a côtoyé des personnes dans une situation similaire à celle de mon héroïne, de ne pas imaginer le traumatisme potentiel qu'une telle expérience peut engendrer. J'avoue avoir rencontré des difficultés pour façonner le personnage principal de ce récit.
Au fur et à mesure de l'écriture, ma compassion pour Marion s'est accrue, me poussant à l'encourager dans ses recherches.

Ici, la librairie

Extrait

Quoi de plus paisible que de se promener en août dans la campagne normande ? Marion avait pris l'habitude, durant ses week-ends, de marcher jusqu'à la magnifique plage de Port-Bail-sur-Mer. Ce samedi 27 août 2022, une température étouffante régnait, le thermomètre avoisinant les 30 degrés. Toutefois, Marion n'en était pas incommodée ; elle savourait la chaleur et ne redoutait pas les coups de soleil, bénéficiant probablement de sa peau très mate.


Ces balades le long de la Manche lui permettaient de libérer le stress accumulé lors de ses journées de travail. Auxiliaire en pharmacie, elle secondait Françoise Beaumont, la gérante de l'officine. Après son baccalauréat en 1981, Marion avait poursuivi des études supérieures à la faculté de médecine de Caen, où elle avait décroché son diplôme.


Elle avait œuvré pendant une dizaine d'années dans une petite structure pharmaceutique à Caen, avant d'acheter une maison à La Haye-du-Puits. Là, elle devenait adjointe dans l'officine locale. Sa nouvelle résidence, un pavillon avec un vaste jardin et des écuries pour chevaux, témoignait de la passion de l'ancien propriétaire pour l'équitation, un engouement que Marion partageait. Bien qu'elle ne fût pas très habile à cheval, ne se sentant jamais complètement à l'aise, elle chérissait ces créatures. Sa jument noire, Luna, d'une grande intelligence, semblait la comprendre et lui offrait réconfort et empathie, surtout dans les moments de mélancolie.


Elle n'avait jamais envisagé de quitter la Normandie, profondément attachée à cette région. Elle avait vécu toute sa jeunesse à Marigny, près de Saint-Lô, où elle avait fréquenté l'école primaire et le lycée.


Ses parents adoptifs vivaient toujours dans cette ville. À deux ans, Marion fut confiée aux époux Beauval par les services sociaux, à la demande de sa mère biologique, Louise Darriot. Jeune, sans emploi et déstabilisée, Louise se sentait incapable d'élever son enfant, mais refusait de l'abandonner définitivement pour maintenir un lien et lui permettre de conserver son nom. Bien que le choix de la famille d'accueil ne relevât pas de sa compétence, elle avait le droit de rendre visite à sa fille une fois par mois, accompagnée par une assistante sociale grâce à un placement volontaire.


L’enfant avait été placée non loin du domicile de Louise situé à Coutances, à une quinzaine de kilomètres de chez les époux Beauval, ce qui facilitait les rencontres. Durant l'année suivant l'adoption, Louise venait régulièrement. Toutefois, elle finit par cesser ces rencontres.
Marion était au courant de toute cette histoire. Lors de ses longues promenades en bord de mer, elle méditait sur ces événements, ce qui la plongeait dans une profonde mélancolie. Elle aurait voulu comprendre les raisons qui avaient poussé sa mère biologique à la laisser, mais elle appréhendait de découvrir son passé. Elle se souvenait d'une conversation entre ses parents adoptifs, survenue après une visite de contrôle de l'assistante sociale, alors qu'elle avait quinze ans. Cette discussion portait sur sa maman.


— Pauvre Louise, exprimait Germaine Beauval. Je pense que sa vie a été un véritable calvaire. Imagine, Marcel, ce qu'elle a dû endurer, surtout après la guerre, dans les années cinquante, quand tout son entourage la stigmatisait, la traitant de bâtarde et de fille de tondue.

— Tu as raison, Germaine, acquiesçait Marcel Beauval. Les gens étaient vraiment cruels. Il faut comprendre que beaucoup ont souffert durant cette terrible guerre. Le fait que certaines femmes aient fraternisé avec les Allemands était pour beaucoup impardonnable. Nombre d'entre elles ont été tondues dans un élan de vengeance populaire. Mais quelle vengeance ? Même si elles ont noué des liens avec l'ennemi, tant qu'elles n'ont pas trahi leur pays en divulguant des informations préjudiciables aux résistants ou aux alliés, je ne vois pas pourquoi elles méritaient une telle humiliation. Après tout, la plupart des soldats allemands se trouvaient en France malgré eux, désapprouvant les idéologies d'Hitler. Mais à l'époque, on ne faisait pas dans la nuance. Je me rappelle, en quarante-deux, qu'une partie de notre demeure avait été réquisitionnée par les Allemands. Mes parents conversaient avec les militaires ; l'un d'eux, francophone, leur confiait son aversion pour la guerre. Cependant, dès l'approche d'un officier, il leur faisait discrètement signe de se taire. Il n'était pas venu en France de son plein gré et aurait préféré rester en Allemagne avec sa famille.


Marion s'était toujours interrogée sur les raisons qui poussaient ses parents adoptifs à aborder un sujet aussi délicat. Ce n'est que plus tard qu'elle comprit, lorsque Germaine lui révéla comment elle et son mari l'avaient accueillie. Depuis, elle ressentait à la fois le désir et une grande appréhension à l'idée de rencontrer sa mère biologique. Peut-être trouverai-je un jour le courage de l'approcher ? pensait-elle.

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